Les personnels de PMI en grève « Des bébés et des mamans ne sont pas suivis » 

Centres de protection maternelle infantile (Seine-Saint-Denis)« Nous devons ne pas avoir peur de venir travailler »

Article publié dans le n° 370 de La Tribune des Travailleurs (21 dec 2022)

Le 7 novembre, plus de 250 agents des crèches et des centres de protection maternelle infantile (PMI) de Seine-Saint-Denis étaient en grève à l’appel des organisations syndicales FSU, SNMPMI et CGT. Tous les personnels étaient présents : de nombreux médecins, les auxiliaires de puériculture, les psychologues, les puéricultrices, les conseillères conjugales, les sages-femmes, les psychomotriciennes, les éducatrices. À leurs revendications, Troussel, président PS du conseil départemental, et son exécutif ont répondu par le mépris et n’ont pas daigné recevoir la délégation d’agents.

Quelle est la situation dans les centres de PMI de ce département où la population est la plus pauvre de France métropolitaine ? Depuis septembre 2020, cinq centres de PMI ont fermé. Cela au moment où, après le confinement, les familles en avaient le plus besoin. Il y a un manque criant de personnels : cinquante médecins, trente puéricultrices, dix conseillères conjugales, huit sages-femmes.

À Aubervilliers où je travaille, il y avait, en 2014, trente-deux bureaux de consultation pour les enfants de 0 à 6 ans. Aujourd’hui, il y en a neuf. Pour cette seule ville, il manque quatre auxiliaires de puériculture, deux psychomotriciennes, deux psychologues, deux puéricultrices et cinq médecins. Sur les trois qui restent, deux ont plus de 67 ans. Le suivi des enfants se fait jusqu’à l’âge de 2 ans. Ensuite, les enfants sont adressés aux centres municipaux de santé de la ville, déjà saturés, ou vers les médecins libéraux. Et c’est comme ça sur toutes les circonscriptions.

Appliquant la loi Dussopt et son article sur les 1 607 heures, Troussel désorganise les horaires de travail avec la mise en place d’une pause méridienne de 45 minutes pour les agents et l’allongement en soirée de la journée de travail le mardi. Ces mesures viennent s’ajouter à la remise en cause des congés (suppression de onze jours de congés annuels). C’est ce qui a soulevé la colère des personnels.

Lors de ma tournée syndicale pour les élections professionnelles, j’ai pu constater l’état de dégradation de nos centres départementaux : installation à ciel ouvert de trafics de drogue à la porte des centres, armoire électrique brûlée tous les jours pour plonger le quartier dans le noir, centres fermés par manque de personnels, insécurité en soirée…

Cette situation met en danger les personnels et les familles déjà exaspérées par les difficultés d’accueil qui leur sont faites, faute de personnels. Devant ce constat, lors de l’assemblée du 29 novembre organisée par les syndicats, des auxiliaires ont dit : « Nous sommes fatiguées, beaucoup pensent à partir et cherchent déjà ailleurs. Mais ailleurs, ce n’est pas mieux. » « Nous devons être protégées lorsqu’on travaille et ne pas avoir peur de venir travailler. » « On ne peut pas laisser Troussel détruire les PMI. Troussel veut saboter le service des PMI. »

Une nouvelle journée de grève a été décidée le jeudi 15 décembre, jour de l’assemblée du conseil départemental. Nous mettrons à nouveau des banderoles sur les façades de nos centres afin d’informer les usagers de nos revendications : non à la pause méridienne, la nocturne ne doit pas être obligatoire. Ce qui implique le remplacement des postes vacants, là où il y a insuffisamment de personnels.

Quelques collègues s’échangent leurs adresses pour se tenir informés et s’organiser. À ce jour, trois centres ont déjà annoncé qu’ils seraient fermés et que le personnel serait en grève.

Corinne Corbani, le 10 décembre

Les personnels de PMI en grève « Des bébés et des mamans ne sont pas suivis » 

Article publié dans La Tribune des Travailleurs n° 364 du 9 nov 2022

« Les agents des centres de PMI (protection maternelle et infantile) étaient en grève le 7 novembre contre la nouvelle organisation du temps de travail.

Quarante-cinq centres de PMI de Seine-Saint-Denis, soit 60 % du total, étaient fermés le lundi 7 novembre. Les salariés – souvent des salariées – étaient appelés à faire grève contre la réorganisation du temps de travail et à se rassembler devant la préfecture de Bobigny par les syndicats CGT et FSU et le syndicat des médecins de PMI.

En juin, le conseil départemental à majorité Nupes, dirigé par Stéphane Troussel (PS), adoptait, l’application de la loi sur les 1 607 heures, détroussant les agents de dizaines de jours de congés. Compte tenu de la mobilisation qui se déroulait depuis des mois et sachant que le vote du projet Troussel était acquis avec les voix de la droite, les groupes communistes, insoumis et écologistes s’offraient, le dernier jour, le « luxe » de se partager entre des votes contre, des abstentions et des NPPV (« ne prend pas part au vote » – ndlr). Mais le résultat était là : un département dirigé par la Nupes impose aux agents territoriaux une augmentation du temps de travail. Et les conséquences sont là. Le projet doit s’appliquer dès janvier. Emmanuelle, militante FSU, explique : « Le département applique avec zèle la loi des 1 607 heures et prend des mesures telles qu’une nocturne jusqu’à 19 heures le mardi. Est également mise en place une pause méridienne de quarante-cinq minutes, qui accroît l’amplitude de la journée. » Souad, Ella et Valérie, du centre de Clichy-Montfermeil, déplorent « la nouvelle dégradation des conditions de travail, avec des effectifs réduits et des plannings ingérables ». Nathalie, du centre de Drancy, et Anne, de celui de Gagny, remarquent que la fermeture à la mi-journée privera de consultations la population jeune qui pouvait venir sur ces horaires, souvent pour traiter des questions touchant à la contraception et l’IVG. Comme Léonilde et Sophie, de Drancy, et Marguerite, médecin généraliste missionnée dans les centres de PMI, toutes font le rapprochement avec le manque de moyens qui frappe les hôpitaux, le périscolaire, la pédiatrie. « Ce sont les populations les plus précaires qui sont les plus frappées, notre département est le plus pauvre du pays. » Constat que partage Berit, auxiliaire de puériculture à Noisy-le-Sec : « Nous n’avons pas de pédiatre depuis plus d’un an et pas de psychologue. Des bébés et des mamans ne sont pas suivis. »

Du côté de Troussel, pas question qu’une délégation soit reçue par un élu. C’est donc Mme Eve Robert, directrice générale adjointe, qui a fait savoir que ces mesures ayant été décidées elles devront être appliquées. À suivre

Patrice Faucheux »

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