Grève et manifestation des personnels des médiathèques

Environ 150 agents des médiathèques et des autres services de Plaine Commune (Etablissement public territorial rassemblant 9 communes de Seine-Saint-Denis), accompagnés de soutiens locaux, se sont rassemblés mardi 21/9/2021 devant le siège de Plaine Commune pour protester contre l’ouverture des médiathèques de centre-ville tous les dimanches après-midi prévue 7 mois par an, et contre la réorganisation de certains services de l’agglo, deux dossiers soumis ce soir-là à la délibération du Conseil territorial.

Communiqué de soutien du comité POID d’EPINAY

interwiew d’un militant CGT

Vous êtes là contre le travail du dimanche ?

Oui principalement, et la réorganisation de certains autres services, qui bafoue notre statut en mettant en concurrence plus d’une centaine d’agents entre eux, dont le poste a été supprimé et qui doivent repostuler sur un des postes nouvellement créés par cette même réorganisation! L’administration se targue que le solde des postes soit au final positif, sauf qu’aucune consultation n’a été faite pour savoir où la trentaine de nouveaux postes devaient être affectés, alors que les besoins dans beaucoup de services sont criants et que toutes les demandes – légitimes – de créations de postes là où c’est nécessaire, se voient toujours opposer un refus. Pour d’autres, c’est « juste » le transfert de leur poste d’un service ou d’un « pôle » à un autre qui est en cours, sans leur avoir demandé leur avis non plus… Tout ça en deux ou trois mois, et bien sûr tout vient « d’en haut », autoritairement. Les agents sont vraiment traités comme des pions.

Mais il n’y a pas que ça, il y a aussi les 1607 h, appliquées depuis le début de l’année (votées en décembre 2020 et contre lesquelles on s’était aussi mobilisés), et qu’on a encore en travers de la gorge… : on a perdu 7 à 8 jours de congés par an, sans compter tous les jours de congés d’ancienneté et congés « médaille », qui s’éteignent progressivement et définitivement en 2024. C’est « marche ou crève », et encore plus pour les anciens. Merci M. Hanotin (1) et son équipe… Toutes nos demandes de nous les rendre, comme le prévoit la loi selon certains critères (travail en équipe, pénibilité,…), ont été refusées. Il n’y a que les collègues qui travaillent dehors (propreté, parcs et jardins, voirie, assainissement), qui ont obtenu – et c’est tant mieux – la remise de 5 jours sur le critère de l’accidentologie/pénibilité. Ils en ont quand même perdu au moins 2.

Pour les médiathèques, on est passé à 22 jours légaux de congés seulement ! Et avec l’annualisation, les cycles de travail prévus à partir de septembre nous faisant largement dépasser les 1607h par an, il est prévu selon les postes occupés de nous rendre de 1 à 5 jours en RTT, mais à condition d’avoir effectué les heures… Donc au total, peut-être de 23 à 27 jours, contre environ 32 jours légaux au minimum auparavant…

Vous êtes en grève ?

Oui. Nous sommes organisé.es relativement nombreux depuis longtemps à la CGT dans un collectif des bibliothécaires ouvert à tou.tes (en plus de nos instances syndicales « internes »), qui nous réunit régulièrement depuis des années sur les heures d’information syndicale (et sur d’autres heures en plus pour les syndiqué.es), et c’est grâce à ce collectif, aux camarades qui s’en occupent de plus près, et à notre syndicat CGT plus généralement, que nous réussissons à nous rassembler, à nous exprimer et à mener les luttes. En juillet et août on était couverts par notre préavis local sur les mercredis et samedis pour pouvoir se mettre en grève et en septembre on est couverts par un préavis local quotidien, qui sera sûrement renouvelé en octobre et au-delà pour les dimanches. Le préavis inclut aussi l’opposition au pass sanitaire, pour les usagers et les agents des médiathèques.

Et le mardi soir, on travaille jusqu’à 20h ou 19h selon les médiathèques, donc pour une partie des collègues, pour pouvoir se rendre à cette mobilisation à 19h30, il fallait faire grève à partir de 19h, le temps de venir ; il y a souvent des grèves dans les médiathèques, sur tout le réseau. Nous nous mobilisons lors des journées nationales d’action, mais souvent aussi localement sur Plaine Commune avec nos préavis et appels, et le samedi dans les médiathèques (notamment depuis les Gilets Jaunes). Depuis le mouvement contre la loi Travail, on est couverts par les préavis mensuels fédéraux de la CGT et de SUD, qui ont perduré pendant et après les GJ, puis avec le mouvement pour la défense des retraites, puis pendant l’épidémie : on ne s’est pas privé.es pour s’en saisir, mais ce n’était pas toujours forcément collectif. Là, avec le ras-le-bol sur les congés et le dimanche imposé, un réel mouvement local est né dans les médiathèques ; en juillet dernier, on a réussi à se coordonner en faisant grève et en se rassemblant un mercredi après-midi devant la mairie de Saint-Denis contre ce projet du dimanche et des nouveaux horaires (alors qu’on avait déjà changé d’horaires en septembre 2018!) : un succès, la moitié des 22 médiathèques étaient fermées en même temps pour protester! En plus des tracts et communications syndicales, des lettres ouvertes de collègues ont été envoyées au président et à la direction, ainsi que près de cent mails de nos boîtes professionnelles (sur 250 à 300 agents…) avec des messages de protestation, sans aucune réponse.

Nous sommes ensuite intervenus au CTP de juillet, qui ne s’est pas tenu car il n’y avait pas le quorum (CGT et SUD ont refusé de siéger). On était nombreux et grâce au boycott, on a pu repousser la mesure. On est allés au Conseil territorial quatre jours après pour rappeler nos revendications et dire qu’on reviendrait si on n’était pas entendus. La colère a permis d’arracher à Hanotin, dans le hall, qu’il transmette à tous les élus dans l’après-midi une de nos lettres ouvertes, et qu’il reçoive dans son bureau deux jours après les représentants CGT et SUD, une première depuis son installation il y a un an à Plaine Commune…

Le CTP s’est tenu à nouveau début septembre, on y est retournés, toujours aussi nombreux. Après nos interventions, des discussions dans les couloirs, et face à notre détermination à empêcher la tenue de l’instance, les élus et directions concernées sont allés se réfugier au 4ème étage et ont envoyé un lien zoom aux syndicats… Nos représentants ont participé pour voter contre, mais le Ctp bien qu’obligatoire, n’est que consultatif et ne peut être annulé deux fois pour un même dossier : c’était une formalité pour l’administration… Aujourd’hui c’est le conseil territorial qui se réunit pour entériner la mesure et les réorganisations et c’est pour ça qu’on est encore là! Apparemment le vote du « bonus » pour les journées du dimanche a été retiré de l’ordre du jour, mais ça ne les empêchera pas de l’appliquer, car le passage en CTP leur suffisait.

La séance est publique, vous allez entrer assister au conseil territorial ?

C’était prévu, de l’intérieur en venant bien avant, on était là mais on a finalement renoncé ; et une fois qu’on est sortis, non, ils ne nous laissent plus rentrer dans le bâtiment. Barrières, vigiles, entrée de la salle surveillée ou fermée, patrouilles de police alentour… à chaque fois c’est le même cirque depuis qu’en octobre 2020 on est entrés au conseil municipal de St-Denis et qu’il y a eu un peu de chahut. On y était allés (moi en tant que soutien et citoyen), pour protester contre la politique de casse sociale d’Hanotin contre les agents municipaux, la même que pour nous, et de flicage des habitants.

Combien de dimanche veut-il vous faire travailler ?

Un dimanche après-midi par mois et par agent de septembre à avril. Tous les agents sont concernés et devront obligatoirement travailler dans un centre-ville le dimanche, et il y aurait encore beaucoup à dire sur ce projet électoraliste et sur la manière dont il a été mené ; par exemple, que l’ouverture du dimanche dans les centres-ville se fait au détriment de celle des médiathèques de quartiers, qui seront dorénavant fermées le jeudi après-midi. Ou que le travail a été confié à un cabinet d’audit bien connu, KPMG…

La mobilisation a pour l’instant permis de repousser d’un mois l’application du dimanche et d’élever leur proposition de 70 au départ à 100 € de prime. Au conseil territorial de juillet, Hanotin (1) nous a lâché dans le hall en se grattant la tête : « C’est vrai que cette proposition de 70 euros au départ, c’était inutile », tout en nous disant qu’on n’avait pas à choisir ni à donner notre avis sur les jours où on devait travailler, ni à entrer au conseil territorial car « ce n’est pas une AG », pour nous empêcher d’aller y lire une intervention qu’on voulait pourtant calme et brève.

Mais une prime, on ne cotise pas à la Sécu dessus, on paye des impôts dessus, et ça peut être diminué, voire enlevé! Et avec les jours de congés qu’on nous retire, avec toutes les complications pour poser une simple semaine de vacances sur ces périodes (échange de samedi ou de dimanche maintenant), avec les gardes d’enfants à prévoir pour les dimanches travaillés, avec le temps perdu pour ses proches ou ses activités, c’est pas 100€ qui nous rendront tout ça. On préfère ne pas gagner ces 100€ et avoir tous nos dimanches sans avoir à regarder en permanence le calendrier… On nous pourrit la vie soi-disant au nom du service public, sauf que nous agents, on était là bien avant Hanotin, et on sera là après lui, et le service public, c’est nous qui le construisons au quotidien auprès des usagers, qui le faisons vivre, qui réclamons des moyens là où il y en a besoin, qui le rendons du mieux qu’on peut, avec dévouement, pour des petits salaires et dans des conditions de travail parfois déplorables, et voilà comment on est remercié.es ! Par un président qui nous méprise et qui se dit à la gauche du PS. C’est honteux.

Voilà pourquoi on n’est pas d’accord et pourquoi on est là.

Votre revendication c’est « restitution des jours de congés et pas de travail le dimanche » ?

Exactement. A minima un retour à la situation précédente qui était un statu quo qui nous permettait d’avoir plus de temps en dehors du travail et qui nous considérait beaucoup plus. Même si il y avait à redire et à se mobiliser sur certaines choses.

Vous avez informé les usagers ?

Oui, nous avons lancé une pétition qui a recueilli 2000 signatures (1250 sur papier et 750 en ligne). Lorsqu’on la propose aux usagers devant les médiathèques, 8 ou 9 personnes sur 10 nous comprennent et sont d’accord avec nous et la signent! Le dimanche, c’est pas un jour comme les autres, quoi qu’on veuille nous faire avaler!

Prochaine étape : la grève du dimanche sur la longue durée, j’espère, et sûrement d’autres mobilisations.

La tribune des travailleurs est le journal du Parti Ouvrier Indépendant Démocratique, on soutient un appel à tenir partout des assemblées pour l’unité sur la question « la démocratie exige que Macron s’en aille et sa politique avec lui », avec une conférence nationale de délégués le 16 octobre. A Epinay on s’adresse aux militants ouvriers de toute tendance pour leur proposer d’appeler ensemble à une telle assemblée, avec une première rencontre mercredi 29 septembre à 18h. Qu’en penses tu ?

Je verrai si je peux, le mercredi je finis à 18h, en tout cas je soutiens l’initiative bien sûr, bravo à vous et merci pour le soutien. Tous ensemble contre le président des riches et sa politique antisociale, qu’elle soit nationale ou locale !

Note :

(1) Maire PS de Saint Denis et président de Plaine Commune

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